l'innocent de palerme

Résumé

Palerme. Santino a six ans, des rêves d'enfant plein la tête. Piloter un Optimist, par exemple. Comme Lucio, ce garçon si doué qu'il a croisé un jour lors d'une régate. Mais Santino est trop jeune. Alors, en attendant, il chausse ses baskets rouges, les plus chers de toutes, et court, court, court. Son père, Alfonso, est tellement fier de lui que c'en est même un peu ridicule et gênant. L'homme n'a jamais un sou en poche et fréquente la Mafia, ça Santino le sait. D'ailleurs, sa communion approche, et pour payer la fête, Alfonso a volé de l'argent et négocié avec un clan rival. Un règlement de compte plus tard, aux abords d'une cité fantôme, Santino est grièvement blessé et se retrouve à l'hopitâl...

A Livourne, Lucio, douze ans, s'enfonce dans une morne routine qui n'est pas de son âge. Sa mère refuse de quitter la maison. Ses jambes sont enflées, elle ne peut plus marcher, une magara lui a jeté un sort. Forcément. Alors, puisque son père est au Venezuela, Lucio est le petit homme de la maison. Contraint et forcé. Il ne croit pas aux superstitions de sa mère, mais il est obligé de faire comme si. Il fait les courses et s'occupe d'Ilaria, sa petite soeur de cinq ans qui colle à ses pas comme une ombre. Marre, marre, marre. D'autant plus qu'il ne peut sortir son Optimist avant l'été. Alors, pour se consoler, il écrit des lettres au Chasseur. Des lettres qu'il n'envoie jamais.

Mon avis

Difficile de parler de ce roman sans en raconter trop. Il ne faudrait pas vendre la mèche. Mais je peux dire, sans risquer de révéler quoi que ce soit, que je n'avais pas compris. Jusqu'au moment où on ne peut plus faire autrement, non, je n'avais pas compris. Je me laissais porter. Et tant mieux. Car en devinant trop tôt, j'aurais sans doute perdu un petit quelque chose. La construction du roman est en cela intelligente, surprenante. Les points de vue alternent et les pièces du puzzle s'imbriquent. Tout prend brusquement un sens.

Je lisais et je pensais à La porte des enfers, de Laurent Gaudé. Oui, ça m'est revenu comme ça, d'un coup. Je me suis rappelé cet homme, Matteo, qui perdait son enfant d'une balle perdue lors d'un règlement de compte entre mafieux. Bien sûr, L'innocent de Palerme est moins ténébreux, moins étrange. Il n'en demeure pas moins un roman dur, poignant, bouleversant. D'autant plus que je savais que cette histoire était inspirée de faits réels. Santino survit, ce n'est pas un mystère, mais il est lui aussi une victime de cette Italie rongée par la Mafia. Une innocence arrachée, un gamin hanté que l'on force à vieillir trop vite, que l'on confronte à des choix d'adultes qu'il ne comprend pas. C'est un roman en forme d'indignation, de révolte. Un coup de gueule énoncé avec des mots d'enfants. Mais c'est aussi un chant d'amour pour la Sicile, qui n'est jamais que règlements de compte, superstitions et bouches scellées par la loi du silence.

A lire absolument.


Extrait

"Nous autres Siciliens, nous vivons dans un monde à part. Nous adorons cette île, mais nous la maltraitons. Nous voulons la quitter, mais nous y restons. Nous sommes bourrés de contradictions. Mais toi, Santino, tu vas partir. Si tu peux, oublie tout ça. Sinon, garde à l'esprit que les Siciliens ne sont pas tous des mafieux, contrairement à ce qui se dit souvent. Ne te fie jamais aux stéréotypes sur la Sicile. Et ne la déteste pas."

Je secoue la tête.

"Je ne la deteste pas."


L'innocent de Palerme, Silvana Gandolfi, Les grandes personnes, 240 pages, parution le 1er septembre 2011.