au_bord_de_la_ville_200Résumé

Aux abords de la ville, vit le peuple des cabanes, installé précairement sur un terrain vague. On y nait, on y meurt, emporté par les fièvres. La ville, au loin, est un monstre fascinant, avec ses tours blanches et pointues, les bruits infernaux de la circulation, et derrière les fenêtres des tours, des ombres mouvantes qui semblent les observer. La ville les rebute et les aspire. Souvent, ils finissent par y aller, entraînés par un élan inexplicable. Et ceux qui partent, personne ne les revoit jamais. Si parfois il arrive que certains réapparaissent, à la fin de leur vie, ils ne sont plus que l'ombre vague de ceux qu'ils ont été. Devenus fous, ils ne reconnaissent plus personne, grommellent des mots dépourvus de sens. De quoi entretenir l'aura terrifiante qui entoure la ville. Un jour, Podagre, le meilleur ami de Sylvère, disparaît à son tour, appelé par l'inconnu. Et bientôt, Sylvère partira aussi, accompagné de son amie Abilèn. Et si la ville était loin de tout ce qu'ils avaient imaginé ?

Mon avis

Un roman extrêmement riche et un roman qui interroge. J'ai trouvé particulièrement intéressant que lorsque l'on découvre finalement la ville, que l'on imagine réellement monstrueuse, abominable, celle-ci se révèle être un univers très banal mais totalement mercantile, où tout s'achète, même le plus petit service, où l'idée de don, de cadeau, est interdite et punie. Mais c'est peut-être là qu'est toute la monstruosité de la ville. Justement. Dans son cloisonnement, dans la rigueur de son organisation. Et pourtant, la présence des clandestins est tacitement tolérée, et c'est là tout le paradoxe : on les laisse s'installer dans des quartiers abandonnés, travailler sous le joug d'un passeur, car ils participent finalement à la bonne marche de cette société rêvée parfaite. Mais le rêve est loin. Même l'administrateur général semble lassé de ne rien pouvoir offrir à ses enfants, de les punir quand ils laissent échapper un mot interdit, de lancer la police sur les traces de ceux qui auront acheté pour offrir, ou organisé un repas de fête. Pour Sylvère et Abilèn, la nostalgie de la vie simple des cabanes, de leur liberté, se fait vite palpable, au point qu'Abilène développe une véritable allergie physique à la ville. Mais avec ce qu'ils ont vu, peut-être pourront-ils changer les choses... Alors certes, il s'agit d'un roman fantastique, mais l'on touche du doigt tout ce qui fait la déshumanisation progressive de nos propres sociétés. Ajoutez à cela une écriture sensible et des personnages extrêmement touchants. Impossible de ne pas aimer.

Au bord de la ville - Roland Fuentès, Syros, 235 pages, parution mai 2011.