67863318_pRésumé

Saba vit à Silverlake avec son père, son frère jumeau, Lugh, et sa petite soeur Emmi. Un abri de fortune, fait de bric et de broc, sur un morceau de terre déserté et aride, aux abords d'un lac asséché. La vie y est rude, la nourriture manque souvent, et le père de Saba, qui cherche désespérément à lire l'avenir dans le ciel et la position des étoiles, semble peu à peu perdre la raison. Lugh commence à se rebeller, à vouloir partir, à imaginer de nouveaux horizons. Mais de mystérieux cavaliers vêtus de noir surgissent un jour de nulle part et emmènent le jeune homme. Saba, qui gravitait autour de Lugh au point d'en oublier le reste du monde, décide immédiatement de partir à sa recherche. Flanquée de sa petite soeur, elle se jette sur la route, et c'est pour elle le début d'une longue et périlleuse aventure...

 Mon avis

Quand un roman vous porte, vous emmène par suprise bien plus loin que vous n'aviez imaginé aller en l'ouvrant, qu'il arrive à capturer votre souffle pour ne vous le restituer qu'à la toute dernière page, vous ressortez de votre lecture en vous demandant comment les heures passées le nez plongé dans le roman ont pu défiler aussi rapidement. Saba m'a fait cet effet-là. Impossible de le poser. Impossible de ne pas avoir déjà envie de le relire. J'ai été transportée dans cet univers post-apocalyptique rude, violent, doté d'une nature profondément inhospitalière qui semble avoir repris tous ses droits à l'homme. En cela, je décrirai plus volontiers le roman comme un petit frère de La Route que comme celui d'Hunger Games. Même si l'on croisera rapidement un peuple oprimé et son tyran, petit roi de pacotille déséquilibré et volontairement grotesque, on est bien loin d'une dictature froide et rigoureusement organisée. Ou d'une révolte à visées idéologiques. Les habitants de cette terre ravagée, abrutis par la chaal, la drogue locale, ont plutôt effectué un retour à une forme de sauvagerie primitive (les jeux de Hopetown sont d'ailleurs d'une barabarie assez insoutenable). Saba est donc avant tout un voyage dont le souffle épique ne faiblit jamais, une errance, le récit d'un sauvetage. Car la jeune fille ne cherche jamais à transformer le monde dans lequel elle vit, elle cherche Lugh, son frère, son double, point final.

Saba m'a impressionnée. Beaucoup. Et pourtant, ce n'est pas un personnage qui suscite facilement l'empathie. Sauvageonne, colérique, têtue, un peu égoïste et injuste, tellement obsédée par sa mission qu'elle en oublierait facilement tout le reste, à commencer par Emmi, cette petite soeur qu'elle n'a jamais réussi à aimer. Mais au contact de ses compagnons de route, Saba s'adoucit, apprend à faire confiance. L'évolution du personnage est donc particulièrement intéressant. Et ce n'est pas le seul. On ne peut oublier Emmi, Nero, le corbeau apprivoisé, les guerrières des Aigles Libres, Ike, le géant bourru à l'humour douteux. Et Jack. Voleur, railleur, tout en sarcasme et en ironie, jamais de plan, mais toujours du courage à revendre... oui, j'ai définitivement beaucoup aimé Jack. Avec Saba, ils se cherchent des noises avant de se chercher tout court, et c'est assez jouissif.
 
Le style est très oral : pas de tirets pour les dialogues, pas de négation, des mots et expressions mal orthographiés... et pourtant il s'en dégage une poésie sauvage qui m'a rappelée la trilogie du Chaos en marche. Cette langue sans fioritures m'a attrapée par les tripes, et je me suis immergée dans l'univers féroce du roman avec facilité, évidence. Les mots de Saba, bruts, forts, ont réussi à faire naître des images vivaces dans ma tête, et celles-ci ne se sont pas encore fanées. Alors j'en profite un peu. Car je sais que demain, en commençant un nouveau roman, elles auront déjà un peu disparu...
 
Les chemins de poussière - tome 1 : Saba, ange de la mort, Moira Young, Gallimard jeunesse. Parution le 8 septembre 2011.