AdoLire : conseils de lecture

16 septembre 2011

Le Cas Jack Spark, tome 1 - été mutant

 product_9782070640508_244x0Résumé

Jack aimerait pouvoir dormir. Mais l'insomnie, c'est sa maladie. Elle le ronge, le plombe, lui creuse sur les joues des cernes aussi proéminents que des coquards. Alors, la journée, Jack a un taux de productivité qui frise le zéro. Et ses résultats scolaires s'en ressentent. Le couperet tombe : cet été, pas de séjour chez Grandpa. Ses parents ont décidé de l'envoyer à Redrock, un camp de vacances révolutionnaire pour enfants à problèmes... camp de vacances ? Vraiment ? Jack va y côtoyer une très jolie cleptomane, un toqué de la propreté, un adolescent émacié aux pulsions suicidaires, quelques brutes et quelques pimbêches, des éducateurs cinglés aux méthodes de redressement bien cruelles, le tout orchestré par l'étrange Docteur Krampus. Quand on ne les oblige pas à jouer Roméo et Juliette, quand on ne les laisse pas griller sous le cagnard du Colorado, à travailler dans une plantation stérile, les pensionnaires subissent des séances de thérapie bien mystérieuses, qui ont sur Jack un effet pour le moins étonnant : son corps change, un sentiment de chaleur palpite jusque dans ses doigts... et ses cheveux ne sont-ils pas en train de devenir... bleus ?

Mon avis

Pffiou... en voilà un roman inattendu et foisonnant, qui élargit rapidement tous les horizons qu'il avait dessiné, effleuré, qui ouvre grand les possibles. Parce que l'auteur a un imaginaire qui déborde du cadre. Et vite, ça vous secoue, ça vous file des frissons d'excitation, puis des frissons d'horreur. On aurait presque envie de ne pas lire ça la nuit, parce qu'il y a de quoi faire grandir les ombres de ses anciens cauchemars d'enfant, ou choper l'insomnie de Monsieur Jack... mais on ne peut pas s'en empêcher, de lire, et lire, et lire, parce que diable, c'est passionnant ! Et pourtant, quand ça commence, c'est assez classique, on pense même un peu au Passage de Louis Sachar. Mais pas longtemps. Parce que Le Cas Jack Spark est un vrai roman fantastique. Mais pas que. Il y a de la science-fiction sous l'écorce, si on commence à gratter un peu. Et c'est bien plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. L'auteur puise dans la mythologie des contes, la digère et la régurgite avec brio, mordant, en mêlant l'horreur et le burlesque. Mais le roman n'oublie jamais de parler de l'adolescence, de toucher du doigt le malaise, les sentiments amoureux naissants, la jalousie, la différence, de dire (sans moralisme) comment vivre la sienne, accepter celle des autres. Bref, j'ai a-d-o-r-é. Et j'en redemande... ça tombe bien, il en reste deux !

 


 Le Cas Jack Spark - Saison 1 - Eté mutant, Victor Dixen, Gallimard jeunesse, Pôle fiction, 2011, 614 p.


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22 août 2011

L'innocent de Palerme, Silvana Gandolfi

l'innocent de palerme

Résumé

Palerme. Santino a six ans, des rêves d'enfant plein la tête. Piloter un Optimist, par exemple. Comme Lucio, ce garçon si doué qu'il a croisé un jour lors d'une régate. Mais Santino est trop jeune. Alors, en attendant, il chausse ses baskets rouges, les plus chers de toutes, et court, court, court. Son père, Alfonso, est tellement fier de lui que c'en est même un peu ridicule et gênant. L'homme n'a jamais un sou en poche et fréquente la Mafia, ça Santino le sait. D'ailleurs, sa communion approche, et pour payer la fête, Alfonso a volé de l'argent et négocié avec un clan rival. Un règlement de compte plus tard, aux abords d'une cité fantôme, Santino est grièvement blessé et se retrouve à l'hopitâl...

A Livourne, Lucio, douze ans, s'enfonce dans une morne routine qui n'est pas de son âge. Sa mère refuse de quitter la maison. Ses jambes sont enflées, elle ne peut plus marcher, une magara lui a jeté un sort. Forcément. Alors, puisque son père est au Venezuela, Lucio est le petit homme de la maison. Contraint et forcé. Il ne croit pas aux superstitions de sa mère, mais il est obligé de faire comme si. Il fait les courses et s'occupe d'Ilaria, sa petite soeur de cinq ans qui colle à ses pas comme une ombre. Marre, marre, marre. D'autant plus qu'il ne peut sortir son Optimist avant l'été. Alors, pour se consoler, il écrit des lettres au Chasseur. Des lettres qu'il n'envoie jamais.

Mon avis

Difficile de parler de ce roman sans en raconter trop. Il ne faudrait pas vendre la mèche. Mais je peux dire, sans risquer de révéler quoi que ce soit, que je n'avais pas compris. Jusqu'au moment où on ne peut plus faire autrement, non, je n'avais pas compris. Je me laissais porter. Et tant mieux. Car en devinant trop tôt, j'aurais sans doute perdu un petit quelque chose. La construction du roman est en cela intelligente, surprenante. Les points de vue alternent et les pièces du puzzle s'imbriquent. Tout prend brusquement un sens.

Je lisais et je pensais à La porte des enfers, de Laurent Gaudé. Oui, ça m'est revenu comme ça, d'un coup. Je me suis rappelé cet homme, Matteo, qui perdait son enfant d'une balle perdue lors d'un règlement de compte entre mafieux. Bien sûr, L'innocent de Palerme est moins ténébreux, moins étrange. Il n'en demeure pas moins un roman dur, poignant, bouleversant. D'autant plus que je savais que cette histoire était inspirée de faits réels. Santino survit, ce n'est pas un mystère, mais il est lui aussi une victime de cette Italie rongée par la Mafia. Une innocence arrachée, un gamin hanté que l'on force à vieillir trop vite, que l'on confronte à des choix d'adultes qu'il ne comprend pas. C'est un roman en forme d'indignation, de révolte. Un coup de gueule énoncé avec des mots d'enfants. Mais c'est aussi un chant d'amour pour la Sicile, qui n'est jamais que règlements de compte, superstitions et bouches scellées par la loi du silence.

A lire absolument.


Extrait

"Nous autres Siciliens, nous vivons dans un monde à part. Nous adorons cette île, mais nous la maltraitons. Nous voulons la quitter, mais nous y restons. Nous sommes bourrés de contradictions. Mais toi, Santino, tu vas partir. Si tu peux, oublie tout ça. Sinon, garde à l'esprit que les Siciliens ne sont pas tous des mafieux, contrairement à ce qui se dit souvent. Ne te fie jamais aux stéréotypes sur la Sicile. Et ne la déteste pas."

Je secoue la tête.

"Je ne la deteste pas."


L'innocent de Palerme, Silvana Gandolfi, Les grandes personnes, 240 pages, parution le 1er septembre 2011.


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13 août 2011

Saba, ange de la mort, Moira Young

67863318_pRésumé

Saba vit à Silverlake avec son père, son frère jumeau, Lugh, et sa petite soeur Emmi. Un abri de fortune, fait de bric et de broc, sur un morceau de terre déserté et aride, aux abords d'un lac asséché. La vie y est rude, la nourriture manque souvent, et le père de Saba, qui cherche désespérément à lire l'avenir dans le ciel et la position des étoiles, semble peu à peu perdre la raison. Lugh commence à se rebeller, à vouloir partir, à imaginer de nouveaux horizons. Mais de mystérieux cavaliers vêtus de noir surgissent un jour de nulle part et emmènent le jeune homme. Saba, qui gravitait autour de Lugh au point d'en oublier le reste du monde, décide immédiatement de partir à sa recherche. Flanquée de sa petite soeur, elle se jette sur la route, et c'est pour elle le début d'une longue et périlleuse aventure...

 Mon avis

Quand un roman vous porte, vous emmène par suprise bien plus loin que vous n'aviez imaginé aller en l'ouvrant, qu'il arrive à capturer votre souffle pour ne vous le restituer qu'à la toute dernière page, vous ressortez de votre lecture en vous demandant comment les heures passées le nez plongé dans le roman ont pu défiler aussi rapidement. Saba m'a fait cet effet-là. Impossible de le poser. Impossible de ne pas avoir déjà envie de le relire. J'ai été transportée dans cet univers post-apocalyptique rude, violent, doté d'une nature profondément inhospitalière qui semble avoir repris tous ses droits à l'homme. En cela, je décrirai plus volontiers le roman comme un petit frère de La Route que comme celui d'Hunger Games. Même si l'on croisera rapidement un peuple oprimé et son tyran, petit roi de pacotille déséquilibré et volontairement grotesque, on est bien loin d'une dictature froide et rigoureusement organisée. Ou d'une révolte à visées idéologiques. Les habitants de cette terre ravagée, abrutis par la chaal, la drogue locale, ont plutôt effectué un retour à une forme de sauvagerie primitive (les jeux de Hopetown sont d'ailleurs d'une barabarie assez insoutenable). Saba est donc avant tout un voyage dont le souffle épique ne faiblit jamais, une errance, le récit d'un sauvetage. Car la jeune fille ne cherche jamais à transformer le monde dans lequel elle vit, elle cherche Lugh, son frère, son double, point final.

Saba m'a impressionnée. Beaucoup. Et pourtant, ce n'est pas un personnage qui suscite facilement l'empathie. Sauvageonne, colérique, têtue, un peu égoïste et injuste, tellement obsédée par sa mission qu'elle en oublierait facilement tout le reste, à commencer par Emmi, cette petite soeur qu'elle n'a jamais réussi à aimer. Mais au contact de ses compagnons de route, Saba s'adoucit, apprend à faire confiance. L'évolution du personnage est donc particulièrement intéressant. Et ce n'est pas le seul. On ne peut oublier Emmi, Nero, le corbeau apprivoisé, les guerrières des Aigles Libres, Ike, le géant bourru à l'humour douteux. Et Jack. Voleur, railleur, tout en sarcasme et en ironie, jamais de plan, mais toujours du courage à revendre... oui, j'ai définitivement beaucoup aimé Jack. Avec Saba, ils se cherchent des noises avant de se chercher tout court, et c'est assez jouissif.
 
Le style est très oral : pas de tirets pour les dialogues, pas de négation, des mots et expressions mal orthographiés... et pourtant il s'en dégage une poésie sauvage qui m'a rappelée la trilogie du Chaos en marche. Cette langue sans fioritures m'a attrapée par les tripes, et je me suis immergée dans l'univers féroce du roman avec facilité, évidence. Les mots de Saba, bruts, forts, ont réussi à faire naître des images vivaces dans ma tête, et celles-ci ne se sont pas encore fanées. Alors j'en profite un peu. Car je sais que demain, en commençant un nouveau roman, elles auront déjà un peu disparu...
 
Les chemins de poussière - tome 1 : Saba, ange de la mort, Moira Young, Gallimard jeunesse. Parution le 8 septembre 2011.

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19 mai 2011

Au bord de la ville, Roland Fuentès

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Aux abords de la ville, vit le peuple des cabanes, installé précairement sur un terrain vague. On y nait, on y meurt, emporté par les fièvres. La ville, au loin, est un monstre fascinant, avec ses tours blanches et pointues, les bruits infernaux de la circulation, et derrière les fenêtres des tours, des ombres mouvantes qui semblent les observer. La ville les rebute et les aspire. Souvent, ils finissent par y aller, entraînés par un élan inexplicable. Et ceux qui partent, personne ne les revoit jamais. Si parfois il arrive que certains réapparaissent, à la fin de leur vie, ils ne sont plus que l'ombre vague de ceux qu'ils ont été. Devenus fous, ils ne reconnaissent plus personne, grommellent des mots dépourvus de sens. De quoi entretenir l'aura terrifiante qui entoure la ville. Un jour, Podagre, le meilleur ami de Sylvère, disparaît à son tour, appelé par l'inconnu. Et bientôt, Sylvère partira aussi, accompagné de son amie Abilèn. Et si la ville était loin de tout ce qu'ils avaient imaginé ?

Mon avis

Un roman extrêmement riche et un roman qui interroge. J'ai trouvé particulièrement intéressant que lorsque l'on découvre finalement la ville, que l'on imagine réellement monstrueuse, abominable, celle-ci se révèle être un univers très banal mais totalement mercantile, où tout s'achète, même le plus petit service, où l'idée de don, de cadeau, est interdite et punie. Mais c'est peut-être là qu'est toute la monstruosité de la ville. Justement. Dans son cloisonnement, dans la rigueur de son organisation. Et pourtant, la présence des clandestins est tacitement tolérée, et c'est là tout le paradoxe : on les laisse s'installer dans des quartiers abandonnés, travailler sous le joug d'un passeur, car ils participent finalement à la bonne marche de cette société rêvée parfaite. Mais le rêve est loin. Même l'administrateur général semble lassé de ne rien pouvoir offrir à ses enfants, de les punir quand ils laissent échapper un mot interdit, de lancer la police sur les traces de ceux qui auront acheté pour offrir, ou organisé un repas de fête. Pour Sylvère et Abilèn, la nostalgie de la vie simple des cabanes, de leur liberté, se fait vite palpable, au point qu'Abilène développe une véritable allergie physique à la ville. Mais avec ce qu'ils ont vu, peut-être pourront-ils changer les choses... Alors certes, il s'agit d'un roman fantastique, mais l'on touche du doigt tout ce qui fait la déshumanisation progressive de nos propres sociétés. Ajoutez à cela une écriture sensible et des personnages extrêmement touchants. Impossible de ne pas aimer.

Au bord de la ville - Roland Fuentès, Syros, 235 pages, parution mai 2011.


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17 mars 2011

L'Accident, Agnès Aziza

97827012Vanessa et son frère Henri, agés respectivement de 11 et 15 ans, se chamaillent sans cesse, s'envoyant à la figure des mots qu'ils ne pensent pas : "Va mourir !" pour une boîte de céréales qu'Henri a terminé, ou autre chose. Va mourir à Tombouctou. Va mourir à Zanzibar. Mais un matin, Henri prend son scooter pour aller au collège. Et ne reviendra pas. Parce qu'une voiture a grillé un feu rouge, parce qu'il n'avait pas attaché son casque. Le roman, très court, se focalise sur le moment du drame, à travers les yeux et les mots de la petite Vanessa : les derniers instants passés avec son frère, les dernières paroles échangées, le dernier geste de la main, la manière dont on vient la chercher au milieu d'un cours et toutes les peurs qui la traversent à ce moment-là, pour son grand-père, notamment, mais pas pour son frère - comment aurait-elle pu penser que ce serait Henri ? Et puis le chagrin qui anesthésie, l'incompréhension, l'hopital, avec ses odeurs maladives, les larmes et l'attente. C'est un roman triste et dur. Qui ne parle pas de l'après, qui ne parle pas de la pénibilité du deuil, du temps qu'il faut pour surmonter, mais de l'instant même de la mort, de la vitesse et de la violence avec lesquelles elle déchire la vie de ceux qui restent.


 

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16 mars 2011

Birth Marked, Tome 1 : Rebelle

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Gaia Stone vit à Warfton, dans le Secteur Ouest 3, à l'extérieur du mur. Dans des conditions extrêmement précaires. Tous les mois, chaque sage-femme doit remettre trois nouveaux-nés à l'Enclave, de l'autre côté du mur, dans le but de contribuer à leur diversification génétique et de palier à la stérilité de nombreuses femmes. Mais un soir, les parents de Gaia sont arrêtés, emprisonnés, et accusés de crime contre l'Enclave. Dans un premier temps, Gaia reprend sa vie de sage-femme, en attendant leur retour, mais elle se voit bientôt confier un étrange ruban, dont le code pourrait bien être le registre des naissances que tient tant à récupérer l'Enclave. Dès lors, la décision de Gaia est prise : elle ira à la recherche de ses parents, quoi qu'il lui en coûte.

Mon avis

Après le bien fade Promise, Birth Marked, passionnant roman de dystopie, m'a réellement enchantée. Intrigue intelligente, originalité, rebondissements, tout y est. Nous sommes dans les années 2400 mais la société dans laquelle vit Gaia est une société dépourvue de toute technologie ultra-moderne. Au contraire, leur mode de vie est extrêmement rudimentaire, quasi-médiéval, des vêtements à l'approvisionnement en eau, car les bouleversements climatiques des décennies précédentes ont engendré un épuisement des ressources, une pénurie d'energie - désormais exclusivement réservée à l'élite de la population, à l'intérieur de l'Enclave. Parlons de l'Enclave, justement : là où je reprochais à Promise d'être trop flou, Birthmarked propose un environnement riche, fouillé, maîtrisé et des personnages très attachants que l'on a envie de suivre, pour lesquels et avec lesquels on tremble. Gaia, au départ, a pourtant tout d'une "anti-héroïne" et c'est ce qui rend son cheminement aussi intéressant : considérée par les autres comme un monstre à cause de la cicatrice qui lui mange une partie du visage, elle a de fait très peu confiance en elle, mais garde, ancré, un très fort sentiment du devoir à accomplir, notamment envers l'Enclave, dont elle n'a jamais remis en cause les méthodes. Sa propre mère leur a donné ses deux frères aînés et l'Enclave ne leur a-t-elle pas offert une vie meilleure, loin de la pauvreté, de la lutte incessante du quotidien ? Progressivement, Gaia va montrer détermination, force, courage et remettre en question tout ce qu'elle croyait juste, tout ce qu'elle pensait savoir, sur l'Enclave et sur ses parents. Et cela ne se fera ni sans pertes, ni sans douleur.

Bien sûr le roman a son histoire d'amour, et celle-ci se révèle hésitante, un peu maladroite et fragile, et c'est ce qui la rend très belle et très touchante, car pas forcément évidente au départ. Et le personnage de Léon, le fils rejeté du Protecteur, est un très beau personnage. Je ne dirais rien de la fin, si ce n'est qu'elle m'a donnée une envie irrépressible de faire un saut dans le temps, pour mettre la main sur la suite de cette histoire, qui ne ressemble à aucune de celles que j'ai lu récemment... et c'est exactement ce que j'en attendais.


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09 mars 2011

Promise, Ally Condie

Promise___matched_tome_1Résumé

A la veille de son banquet de couplage, Cassia se sent fébrile mais pleine de confiance, car elle imagine que la Société - l'entité gouvernementale qui les dirige - n'a jamais voulu autre chose que le bien de ses habitants. Et si, pour cela, ils doivent être surveillés, nuit et jour, ce n’est finalement pour elle qu’un petit sacrifice en échange d’une vie heureuse, avec un Promis idéal, sans maladies ni mort accidentelle, jusqu’à s’éteindre paisiblement à l’âge de quatre-vingt ans. Son Promis, le garçon qui aura été choisi pour elle, car jugé idéalement compatible, Cassia est impatiente de le découvrir. Et de commencer une nouvelle vie. Et quelle n’est pas sa surprise, son soulagement, lorsqu'on lui annonce qu’il s’agit de Xander, son meilleur ami. Mais quand les Officiels lui délivrent sa microcarte, une autre photo lui apparaît : celle de Ky, un garçon réservé qui fait partie de son cercle d'amis et dont elle va progressivement se rapprocher. Pour Cassia, c'est le début d'un questionnement, sur ses propres sentiments, et sur la Société elle-même.

Extrait

Je sais que le temps de grand-père est compté. Je le sais depuis longtemps. Mais pourquoi, lorsque les portes de l'ascenseur se referment, ai-je soudain l'impression que le mien aussi ? Ma grand-mère aurait voulu savoir si ça me posait question. "Quelle question ? Si c'était vraiment une erreur ? Si Ky est bien mon promis après tout ?" Oui, c'est ce que je me suis demandé un instant. Quand j'ai vu son visage apparaître si brièvement que j'ai à peine distingué la couleur de ses yeux, juste deux ronds noirs qui me fixaient, je me suis demandé : "et si c'était lui ?"

Mon avis

Le principal défaut de ce roman, c'est ce petit air de déjà vu qui nous taraude tout au long de la lecture. Le principe du couplage m’a fait penser au monde glacial du récent Terrienne, de Jean-Claude Mourlevat, et beaucoup d’aspects de l'histoire rappellent irrémédiablement l’univers d’Hunger Games. Bien sûr, vous me direz, c’est le principe même de la dystopie : créer une société futuriste et autoritaire contre laquelle l’héroïne finira par se rebeller. Mais là où Hunger Games était précis, avec ses districts aux fonctions rigoureusement établies, l’organisation de la Société de Promise est extrêmement floue, comme si l'auteur n'avait pas suffisamment peaufiné son univers pour savoir où elle voulait réellement emmener son lecteur. Ce qui donne l’impression de survoler l'histoire sans creuser bien profond. Et mis à part le quartier où demeure Cassia avec ses parents et son frère Bram, on a beaucoup de mal à se représenter les lieux, à visualiser la ville, les Provinces et les Provinces Lointaines. Il faut ajouter que certains personnages manquent cruellement de consistance : le loyal Xander se révèle vite très fade et Ky, son rival, l'eclipse forcément d'un battement de cil. Et pourtant, le choix de Cassia, entre l'un ou l'autre de ces deux garçons, est le seul et unique angle de vue du roman. J'ai beau avoir un petit côté fleur bleue, cela m'a beaucoup agacée. Car toute l'intrigue du roman repose sur cette romance balbutiante dont on devine très vite l'issue. Et les tergiversations obsessionnelles de Cassia m'ont laissée de marbre. Dommage, car il y avait matière à plus, le roman n'étant pas dépourvu de qualités. Certains principes instaurés par la Société sont assez glaçants, notamment tout ce qui concerne la fin de vie, la régulation des Arts, la répression de toute créativité, l'abscence de choix. Mais cela manque de tension, d'aventure, de souffle. On n'a jamais le temps d'avoir peur pour les personnages, car le sentimental prend toute la place. Bref, c'est un peu mou. Et j'espère réellement que la suite gagnera en profondeur, sinon il se pourrait bien que je décroche pour de bon. A suivre donc.

Promise, Ally Condie, Gallimard Jeunesse, 400p. Parution 7 avril 2011.


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03 février 2011

Un jour, Morris Gleitzman

9782361930264"Beaucoup d'adultes ne sont pas très doués pour écouter les enfants, surtout quand ils leur tirent dessus"

Un jour, j'ai lu un roman, et en le refermant je ne savais plus très bien si je devais rire ou bien pleurer, alors j'ai fait un peu les deux...

Tout commence par une carotte dans un bol de potage. Dans l'orphelinat catholique qui abrite Félix, dix ans, personne, jamais, ne trouve une carotte dans son potage. Alors c'est forcément un signe, envoyé par ses parents, libraires juifs polonais, pour lui faire savoir qu'ils viennent enfin le chercher. Sauf que, carotte ou non, rien ne se passe. Alors Félix décide que s'ils ne viennent pas, c'est lui qui ira les retrouver. Il s'enfuit de l'orphelinat sans difficulté, avec pour seul bagage, le cahier jaune où il couche toutes les histoires lumineuses et farfelues qu'il invente, ce cahier qui permettra à ses parents de le reconnaître. Car trois ans et demi après leur disparition, Félix a changé. Le garçon se dit qu'ils pourraient bien avoir besoin de ça.

" Un jour, je me suis évadé d'un orphelinat dans la montagne, sans avoir besoin de faire tout ce qu'on fait dans les histoires d'évasion. Creuser un tunnel. Me déguiser en curé. Fabriquer une corde en nouant des robes de bonnes soeurs bout à bout. Je suis sorti par la grande porte, tout simplement."

Mais derrière la porte de l'orphelinat, la Pologne occupée de 1942 est en proie à une barbarie inconcevable pour l'esprit d'un enfant aussi jeune que Félix, qui s'était mis en tête, non sans une certaine naïveté, que les nazis haïssaient les livres juifs, et seulement les livres juifs, non les juifs eux-mêmes. Sur son chemin, Félix rencontre la petite Zelda, six ans, dont les parents ont été tués, et il décide de l'emmener avec lui, jusqu'à la grande ville et son ghetto, plus dangereux que tout ce à quoi il a été jusque là confronté. Là-bas, dans le confinement des cachettes et les rues désertées d'après couvre-feux, ses histoires lui sauveront la vie plus d'une fois...

" - Il était une fois deux courageux libraires, euh... soldats allemands qui se frayaient un chemin dans la jungle africaine. leur mission était d'atteindre un village isolé pour aider à réparer, euh...un moulin à vent. " Barney traduit. Je me mets alors à concocter l'histoire la plus excitante et la plus passionnante possible, avec des tas d'animaux féroces et d'insectes venimeux qui disent des choses gentilles sur Adolf Hilter. L'officier nazi a l'air intéressé. En tout cas il ne tire sur personne. Mais prudence, il peut s'y mettre à tout moment.

Foncièrement positif, drôle, triste, imaginatif et bouleversant, ce roman est tout cela à la fois. Et plus encore. Chaque fois inattendu, chaque fois brise-coeur et éclat de rire à seulement quelques pages ou quelques phrases d'intervalle. Aux côtés de Zelda et Félix, sous la plume éclairée de Morris Gleitzman, on y vit l'antisémitisme ambiant, le courage de quelques individualités, la noirceur du ghetto, les caches obscures et incertaines, les dénonciations, la mort arbitraire, les trains sinistres en partance vers les camps de la mort. Et ces deux enfants jetés en pâture au coeur de l'enfer, qui embellissent la réalité par les mots et les histoires qu'ils s'inventent (pour oublier à quel point elle est insoutenable) ne sont pas sans rappeler le petit héros du film La vie est belle. Après ma lecture, je garde au coeur - bien au chaud et pour longtemps encore - Zelda la forte tête, têtue et touchante, que j'entends répéter : "t'es bête ou quoi ?" à chacune de ses fins de phrases. Et Félix, cet enchantement de petit garçon, qui porte le roman à lui tout seul... et nous avec.

Un coup de coeur immense.

Un jour, Morris Gleitzman, Editions les Grandes Personnes, janvier 2011.


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