17 septembre 2011
Le faire ou mourir, Claire-Lise Marguier
Damien est une victime toute trouvée. Il est frêle, sensible, il ne se défend pas. Quand les skateurs l'attaquent, il pleure, il ne peut pas s'en empêcher. Et il est souvent seul, alors c'est plus facile, pour eux, à défaut d'être plus courageux. Un jour, Samy s'interpose. Il le prend sous son aile, l'intègre à sa bande, lui abrège son prénom. Damien devient Dam. Dam a les mêmes peurs que Damien, les mêmes douleurs, mais il a Samy... et ça, ça pourrait tout changer.
Mon avis
Il y a des romans que l'on aime tant qu'on ne sait pas comment en parler. On les lit en apnée, ils nous font manquer d'air, le chercher, ils dessinent de petites écorchures partout à l'intérieur. Ils nous font souffrir un peu. Je pourrais dire qu'il était trois heures, quand je l'ai refermé, que c'était presque le matin, déjà, et que mes yeux piquaient. Mais je ne peux pas dire, si c'était la fatigue, si c'était l'émotion, si c'était cet espèce d'accablement qui m'appuyait sur les épaules et me compressait, un peu plus à chaque page, un peu plus profondément. Un roman comme ça, ça vous fiche une claque, en plein visage, et ça ne vous rate pas. J'ai tout senti comme si c'était moi. La douleur de Dam, les entailles qu'il se fait sur la peau, pour canaliser sa rage, son sang qu'il goûte pour mieux se sentir vivant, son amour pour Samy, sa solitude, l'incompréhension de sa famille. On leur soulèverait bien les paupières, à eux, d'ailleurs. Pour les réveiller. Alors oui, plus on lit, plus c'est dur, la langue brute de Dam ne nous épargne rien, mais qu'on ne s'inquiète pas, on regagnera la surface, nous aussi, on reprendra une grande goulée d'air... les dernières pages du roman y veillent.
Un vrai grand coup de coeur pour ce premier roman. Car moi je vous le dis, cet auteur a de la magie dans les doigts...
EXTRAIT : "J'aurais voulu lui dire (...) qu'il y avait une sorte d'impatience, comme l'envie de passer à autre chose, quelque chose qui serait bien mieux que maintenant, sans savoir ce qui allait mal ou ce qui serait mieux. Que j'avais peur de pas y arriver, peur de pas pouvoir tenir jusque là. De ne jamais être assez fort pour survivre à ça, et que quand je disais "ça" je ne savais même pas de quoi je parlais."
Le faire ou mourir, Claire-Lise Marguier, Le Rouergue, 2011, 104 p.
16 septembre 2011
Le Cas Jack Spark, tome 1 - été mutant
Jack aimerait pouvoir dormir. Mais l'insomnie, c'est sa maladie. Elle le ronge, le plombe, lui creuse sur les joues des cernes aussi proéminents que des coquards. Alors, la journée, Jack a un taux de productivité qui frise le zéro. Et ses résultats scolaires s'en ressentent. Le couperet tombe : cet été, pas de séjour chez Grandpa. Ses parents ont décidé de l'envoyer à Redrock, un camp de vacances révolutionnaire pour enfants à problèmes... camp de vacances ? Vraiment ? Jack va y côtoyer une très jolie cleptomane, un toqué de la propreté, un adolescent émacié aux pulsions suicidaires, quelques brutes et quelques pimbêches, des éducateurs cinglés aux méthodes de redressement bien cruelles, le tout orchestré par l'étrange Docteur Krampus. Quand on ne les oblige pas à jouer Roméo et Juliette, quand on ne les laisse pas griller sous le cagnard du Colorado, à travailler dans une plantation stérile, les pensionnaires subissent des séances de thérapie bien mystérieuses, qui ont sur Jack un effet pour le moins étonnant : son corps change, un sentiment de chaleur palpite jusque dans ses doigts... et ses cheveux ne sont-ils pas en train de devenir... bleus ?
Mon avis
Pffiou... en voilà un roman inattendu et foisonnant, qui élargit rapidement tous les horizons qu'il avait dessiné, effleuré, qui ouvre grand les possibles. Parce que l'auteur a un imaginaire qui déborde du cadre. Et vite, ça vous secoue, ça vous file des frissons d'excitation, puis des frissons d'horreur. On aurait presque envie de ne pas lire ça la nuit, parce qu'il y a de quoi faire grandir les ombres de ses anciens cauchemars d'enfant, ou choper l'insomnie de Monsieur Jack... mais on ne peut pas s'en empêcher, de lire, et lire, et lire, parce que diable, c'est passionnant ! Et pourtant, quand ça commence, c'est assez classique, on pense même un peu au Passage de Louis Sachar. Mais pas longtemps. Parce que Le Cas Jack Spark est un vrai roman fantastique. Mais pas que. Il y a de la science-fiction sous l'écorce, si on commence à gratter un peu. Et c'est bien plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. L'auteur puise dans la mythologie des contes, la digère et la régurgite avec brio, mordant, en mêlant l'horreur et le burlesque. Mais le roman n'oublie jamais de parler de l'adolescence, de toucher du doigt le malaise, les sentiments amoureux naissants, la jalousie, la différence, de dire (sans moralisme) comment vivre la sienne, accepter celle des autres. Bref, j'ai a-d-o-r-é. Et j'en redemande... ça tombe bien, il en reste deux !
Le Cas Jack Spark - Saison 1 - Eté mutant, Victor Dixen, Gallimard jeunesse, Pôle fiction, 2011, 614 p.
22 août 2011
L'innocent de Palerme, Silvana Gandolfi
Résumé
Palerme. Santino a six ans, des rêves d'enfant plein la tête. Piloter un Optimist, par exemple. Comme Lucio, ce garçon si doué qu'il a croisé un jour lors d'une régate. Mais Santino est trop jeune. Alors, en attendant, il chausse ses baskets rouges, les plus chers de toutes, et court, court, court. Son père, Alfonso, est tellement fier de lui que c'en est même un peu ridicule et gênant. L'homme n'a jamais un sou en poche et fréquente la Mafia, ça Santino le sait. D'ailleurs, sa communion approche, et pour payer la fête, Alfonso a volé de l'argent et négocié avec un clan rival. Un règlement de compte plus tard, aux abords d'une cité fantôme, Santino est grièvement blessé et se retrouve à l'hopitâl...
A Livourne, Lucio, douze ans, s'enfonce dans une morne routine qui n'est pas de son âge. Sa mère refuse de quitter la maison. Ses jambes sont enflées, elle ne peut plus marcher, une magara lui a jeté un sort. Forcément. Alors, puisque son père est au Venezuela, Lucio est le petit homme de la maison. Contraint et forcé. Il ne croit pas aux superstitions de sa mère, mais il est obligé de faire comme si. Il fait les courses et s'occupe d'Ilaria, sa petite soeur de cinq ans qui colle à ses pas comme une ombre. Marre, marre, marre. D'autant plus qu'il ne peut sortir son Optimist avant l'été. Alors, pour se consoler, il écrit des lettres au Chasseur. Des lettres qu'il n'envoie jamais.
Mon avis
Difficile de parler de ce roman sans en raconter trop. Il ne faudrait pas vendre la mèche. Mais je peux dire, sans risquer de révéler quoi que ce soit, que je n'avais pas compris. Jusqu'au moment où on ne peut plus faire autrement, non, je n'avais pas compris. Je me laissais porter. Et tant mieux. Car en devinant trop tôt, j'aurais sans doute perdu un petit quelque chose. La construction du roman est en cela intelligente, surprenante. Les points de vue alternent et les pièces du puzzle s'imbriquent. Tout prend brusquement un sens.
Je lisais et je pensais à La porte des enfers, de Laurent Gaudé. Oui, ça m'est revenu comme ça, d'un coup. Je me suis rappelé cet homme, Matteo, qui perdait son enfant d'une balle perdue lors d'un règlement de compte entre mafieux. Bien sûr, L'innocent de Palerme est moins ténébreux, moins étrange. Il n'en demeure pas moins un roman dur, poignant, bouleversant. D'autant plus que je savais que cette histoire était inspirée de faits réels. Santino survit, ce n'est pas un mystère, mais il est lui aussi une victime de cette Italie rongée par la Mafia. Une innocence arrachée, un gamin hanté que l'on force à vieillir trop vite, que l'on confronte à des choix d'adultes qu'il ne comprend pas. C'est un roman en forme d'indignation, de révolte. Un coup de gueule énoncé avec des mots d'enfants. Mais c'est aussi un chant d'amour pour la Sicile, qui n'est jamais que règlements de compte, superstitions et bouches scellées par la loi du silence.
A lire absolument.
Extrait
"Nous autres Siciliens, nous vivons dans un monde à part. Nous adorons cette île, mais nous la maltraitons. Nous voulons la quitter, mais nous y restons. Nous sommes bourrés de contradictions. Mais toi, Santino, tu vas partir. Si tu peux, oublie tout ça. Sinon, garde à l'esprit que les Siciliens ne sont pas tous des mafieux, contrairement à ce qui se dit souvent. Ne te fie jamais aux stéréotypes sur la Sicile. Et ne la déteste pas."
Je secoue la tête.
"Je ne la deteste pas."
L'innocent de Palerme, Silvana Gandolfi, Les grandes personnes, 240 pages, parution le 1er septembre 2011.
13 août 2011
Saba, ange de la mort, Moira Young
Saba vit à Silverlake avec son père, son frère jumeau, Lugh, et sa petite soeur Emmi. Un abri de fortune, fait de bric et de broc, sur un morceau de terre déserté et aride, aux abords d'un lac asséché. La vie y est rude, la nourriture manque souvent, et le père de Saba, qui cherche désespérément à lire l'avenir dans le ciel et la position des étoiles, semble peu à peu perdre la raison. Lugh commence à se rebeller, à vouloir partir, à imaginer de nouveaux horizons. Mais de mystérieux cavaliers vêtus de noir surgissent un jour de nulle part et emmènent le jeune homme. Saba, qui gravitait autour de Lugh au point d'en oublier le reste du monde, décide immédiatement de partir à sa recherche. Flanquée de sa petite soeur, elle se jette sur la route, et c'est pour elle le début d'une longue et périlleuse aventure...
Mon avis
Quand un roman vous porte, vous emmène par suprise bien plus loin que vous n'aviez imaginé aller en l'ouvrant, qu'il arrive à capturer votre souffle pour ne vous le restituer qu'à la toute dernière page, vous ressortez de votre lecture en vous demandant comment les heures passées le nez plongé dans le roman ont pu défiler aussi rapidement. Saba Silverlake m'a fait cet effet-là. Impossible de le poser. Impossible de ne pas avoir déjà envie de le relire. J'ai été transportée dans cet univers post-apocalyptique rude, violent, doté d'une nature profondément inhospitalière qui semble avoir repris tous ses droits à l'homme. En cela, je décrirai plus volontiers le roman comme un petit frère de La Route que comme celui d'Hunger Games. Même si l'on croisera rapidement un peuple oprimé et son tyran, petit roi de pacotille déséquilibré et volontairement grotesque, on est bien loin d'une dictature froide et rigoureusement organisée. Ou d'une révolte à visées idéologiques. Les habitants de cette terre ravagée, abrutis par la chaal, la drogue locale, ont plutôt effectué un retour à une forme de sauvagerie primitive (les jeux de Hopetown sont d'ailleurs d'une barabarie assez insoutenable). Saba Silverlake est donc avant tout un voyage dont le souffle épique ne faiblit jamais, une errance, le récit d'un sauvetage. Car la jeune fille ne cherche jamais à transformer le monde dans lequel elle vit, elle cherche Lugh, son frère, son double, point final.
09 août 2011
Divergent, Veronica Roth
La dystopie m'ayant attrapée depuis bien longtemps pour ne plus me lâcher, je ne pouvais pas passer à côté de Divergent. Dans un futur indéterminé, la ville de Chicago est divisée en cinq factions : Altruistes, Audacieux, Fraternels, Sincères et Érudits. "La faction avant les liens du sang" Beatrice, seize ans, est sur le point de mettre en application cette devise, car la cérémonie du Choix se rapproche. La jeune fille va devoir décider dans quelle faction passer le reste de sa vie : chez les Altruistes, comme ses parents, ou chez les Audacieux vers qui elle se sent irresistibelement poussée. Mais rien ne se passe comme prévu. Il semble en effet que Beatrice ne soit ni Altruiste, ni Audacieuse... mais Divergente.
Mon avis
Passé le premier moment de gêne, celui de la cérémonie où je me suis demandée si je n'avais pas atterri dans une version modifiée de Promise (cela seul aurait suffi à me faire poser définitivement le livre) je me suis laissée avoir, embarquée, dans cette aventure menée tambour battant. Une vraie aventure, dynamique, initiatique, qui n'a pas peur de maltraiter ses personnages pour les faire grandir ou d'en laisser quelques uns sur le bord de la route pour faire avancer l'histoire. Mais pour vraiment apprécier ma lecture, il m'a fallu cesser de vouloir à tout prix tout comprendre. C'est en effet le principal défaut de nombreux romans de dystopie pour la jeunesse, Hunger Games mis à part : donner à l'intrigue un cadre futuriste un peu approximatif, avec quelques petites incohérences. Aussi, ne vous attendez pas à apprendre quoi que ce soit sur la manière dont est réellement géré ce "monde", sur son économie, sa politique, ce qu'il advient des novices devenus sans-factions ou même de ce qu'il peut bien y avoir une fois sortis de l'enceinte de la ville. Mais ce n'est jamais handicapant pour l'histoire, ni gênant pour le lecteur. Parions d'ailleurs que l'auteur a prévu de developper son univers dans les prochains tomes !
Le point fort de ce roman, c'est son rythme trépidant, ses rebondissements multiples, le plaisir qu'il provoque à la lecture. Une trame qui tient la route, jusqu'au bout. C'est aussi, et surtout, son héroïne, dont on suit l'initiation au sein des Audacieux avec avidité, découvrant avec elle un monde sous-terrain, bruyant et brutal. Dotée d'un caractère bien trempé, d'un courage farouche, Tris apprendra à se battre, à sauter à bord de trains en marche, à se faire mal, à maîtriser ses peurs les plus noires. Elle nouera de nouvelles amitiés, se révélera, tombera amoureuse, questionnera ses actions et ce qu'elles disent d'elle. Vous ne trouverez pas, ici, de triangle amoureux, de dilemme racinien entre x et y, mais un personnage masculin aussi fort et courageux qu'elle, qui n'aura de cesse de la pousser pour tester sa force, ses limites. La romance est d'ailleurs dosée à la perfection. Présente sans l'être trop, elle n'empiette jamais sur l'action. L'ecriture est fluide, agréable, les dialogues dynamiques et drôles. Vraiment un très très bon moment de lecture. Vivement le tome 2... en mai 2012... argh !
Divergent, tome 1 - Veronica Roth, Nathan, collection Blast, parution le 6 octobre 2011.
19 mai 2011
Au bord de la ville, Roland Fuentès
Aux abords de la ville, vit le peuple des cabanes, installé précairement sur un terrain vague. On y nait, on y meurt, emporté par les fièvres. La ville, au loin, est un monstre fascinant, avec ses tours blanches et pointues, les bruits infernaux de la circulation, et derrière les fenêtres des tours, des ombres mouvantes qui semblent les observer. La ville les rebute et les aspire. Souvent, ils finissent par y aller, entraînés par un élan inexplicable. Et ceux qui partent, personne ne les revoit jamais. Si parfois il arrive que certains réapparaissent, à la fin de leur vie, ils ne sont plus que l'ombre vague de ceux qu'ils ont été. Devenus fous, ils ne reconnaissent plus personne, grommellent des mots dépourvus de sens. De quoi entretenir l'aura terrifiante qui entoure la ville. Un jour, Podagre, le meilleur ami de Sylvère, disparaît à son tour, appelé par l'inconnu. Et bientôt, Sylvère partira aussi, accompagné de son amie Abilèn. Et si la ville était loin de tout ce qu'ils avaient imaginé ?
Mon avis
Un roman extrêmement riche et un roman qui interroge. J'ai trouvé particulièrement intéressant que lorsque l'on découvre finalement la ville, que l'on imagine réellement monstrueuse, abominable, celle-ci se révèle être un univers très banal mais totalement mercantile, où tout s'achète, même le plus petit service, où l'idée de don, de cadeau, est interdite et punie. Mais c'est peut-être là qu'est toute la monstruosité de la ville. Justement. Dans son cloisonnement, dans la rigueur de son organisation. Et pourtant, la présence des clandestins est tacitement tolérée, et c'est là tout le paradoxe : on les laisse s'installer dans des quartiers abandonnés, travailler sous le joug d'un passeur, car ils participent finalement à la bonne marche de cette société rêvée parfaite. Mais le rêve est loin. Même l'administrateur général semble lassé de ne rien pouvoir offrir à ses enfants, de les punir quand ils laissent échapper un mot interdit, de lancer la police sur les traces de ceux qui auront acheté pour offrir, ou organisé un repas de fête. Pour Sylvère et Abilèn, la nostalgie de la vie simple des cabanes, de leur liberté, se fait vite palpable, au point qu'Abilène développe une véritable allergie physique à la ville. Mais avec ce qu'ils ont vu, peut-être pourront-ils changer les choses... Alors certes, il s'agit d'un roman fantastique, mais l'on touche du doigt tout ce qui fait la déshumanisation progressive de nos propres sociétés. Ajoutez à cela une écriture sensible et des personnages extrêmement touchants. Impossible de ne pas aimer.
Au bord de la ville - Roland Fuentès, Syros, 235 pages, parution mai 2011.
16 mai 2011
0.4, Mike A. Lancaster
Kyle enregistre son récit sur les vieilles cassettes de son père. Pour expliquer comment les choses ont vraiment commencé. Et pour que quelqu'un, un jour, se souvienne. La fête du village, avec son spectacle d'amateurs, Kyle la trouve ringarde, un peu pathétique même, et s'il y met les pieds cette année-là, c'est uniquement parce que son ami Danny leur a promis un numéro d'hypnose. Pour lui rendre service, et parce que personne d'autre, sans doute, ne le fera, Kyle se porte volontaire, avec son amie Lily (même s'il fut un temps où elle était bien plus que cela) et deux autres personnes. Mais quand ils sortent tous les quatre de la transe dans laquelle les a plongé Danny, tout a changé. En face de l'estrade, l'humanité entière semble s'être figée.
Mon avis
Le roman est doté d'un concept particulièrement orginal. Il s'agit en effet de la retranscription supposée des cassettes enregistrées par Kyle, lesquelles sont accompagnées de petites notes et commentaires d'experts/scientifiques, comme si Kyle était le dernier témoin d'un monde qui aurait complètement disparu. On y trouve ainsi des extrapôlations sur ce qu'a pu vouloir dire Kyle, dans une phrase inachevée, un silence, ainsi que des explications plus ou moins fantaisistes, sur un mot, une expression. Et c'est parfois assez drôle. Un exemple ? Voilà la note accompagnant la mention du groupe Coldplay :"O'Brien expose de manière assez convaincante que Coldplay se réfère probablement à une présentation musicale ou théâtrale caractérisée par l'absence de toute manifestation d'emotion authentique"... Désolée d'avance pour les fans de Coldplay, mais moi, ça m'a fait rire... Mais revenons-en à la critique. Le personnage de Kyle est lui-même doté d'un esprit incisif et d'un vrai sens de l'à-propos, même dans les situations les plus critiques. Le roman est donc vivant, impertinent, et se lit très vite. 0.4 est de plus un vrai roman de science-fiction, assez glaçant et très bien ficelé, qui se construit petit à petit comme un puzzle, et sans aucun temps mort. Impossible pour le lecteur de deviner le pourquoi du comment avant que ne lui soit livrée l'explication. La fin est peut-être un peu expéditive et frustrante à mon goût, mais il semblerait qu'une suite soit en prévision.
17 mars 2011
L'Accident, Agnès Aziza
Vanessa et son frère Henri, agés respectivement de 11 et 15 ans, se chamaillent sans cesse, s'envoyant à la figure des mots qu'ils ne pensent pas : "Va mourir !" pour une boîte de céréales qu'Henri a terminé, ou autre chose. Va mourir à Tombouctou. Va mourir à Zanzibar. Mais un matin, Henri prend son scooter pour aller au collège. Et ne reviendra pas. Parce qu'une voiture a grillé un feu rouge, parce qu'il n'avait pas attaché son casque. Le roman, très court, se focalise sur le moment du drame, à travers les yeux et les mots de la petite Vanessa : les derniers instants passés avec son frère, les dernières paroles échangées, le dernier geste de la main, la manière dont on vient la chercher au milieu d'un cours et toutes les peurs qui la traversent à ce moment-là, pour son grand-père, notamment, mais pas pour son frère - comment aurait-elle pu penser que ce serait Henri ? Et puis le chagrin qui anesthésie, l'incompréhension, l'hopital, avec ses odeurs maladives, les larmes et l'attente. C'est un roman triste et dur. Qui ne parle pas de l'après, qui ne parle pas de la pénibilité du deuil, du temps qu'il faut pour surmonter, mais de l'instant même de la mort, de la vitesse et de la violence avec lesquelles elle déchire la vie de ceux qui restent.







