59045270Résumé

Joey est un lycéen tout ce qu'il y a de plus ordinaire, le sens de l'orientation en moins. L'adolescent serait bien capable de se perdre chez lui, alors imaginez-le seul dans une ville, sans aucun point de repère. C'est pourtant l'idée saugrenue de son professeur d'histoire : perdre ses élèves dans Greenville et les forcer à rejoindre le lycée par leurs propres moyens. Et pour se perdre, Joey se perd. Dans une réalité où il n'est jamais né. Puis dans une réalité où il est mort. Tout cela avant d'être capturé par la sorcière de Maga et ses sbires, qui n'ont qu'une idée en tête : le faire bouillir de la tête aux pieds, pour arracher son essence de Marcheur de son enveloppe corporelle. Car Joey est effectivement un Marcheur, ce qui signifie qu'il a la capacité de passer d'un monde à l'autre, dans l'infinité des Terres qui composent l'Altivers. Emprisonné sur le Lacrimae Mundi, un navire flottant dans le Grand Nulle Part, il est néanmoins délivré par Jay, qui appartient à l'Entremonde, une cité mouvante sous cloche peuplée par des autres lui-même, tous lui et tous différents, tous Marcheurs, dont la mission est de préserver l'équilibre des forces entre les deux grandes puissances antagoniques : Maga, l'Empire de la magie, et le Binaire, l'Empire des sciences. Son apprentissage peut alors commencer.

"Je venais d'atteindre un point de saturation. Compte tenu de ce que j'avais traversé au cours de la journée, j'en arrivais enfin à la conclusion que tout cela se produisait entre mes deux oreilles, que j'avais d'une manière ou d'une autre grillé la carte-mère de mon cerveau, et que j'étais pour l'heure emmailloté dans une camisole en toile, avec des cadenas en guise de boutons. Selon toute probabilité, j'avais pris pension au sanatorium de Rook's Bay, dans une pièce aux murs capitonnés, où je mangeais des aliments très mous. Perspective assez déprimante qui possédait un bon côté : plus rien n'était susceptible de me surprendre."

Mon avis

Tout cela vous semble un brin compliqué ? Rassurez-vous (ou pas) c'est compliqué ! Mais pour aborder cette lecture sereinement, et en tirer satisfaction, il faut d'abord accepter ne pas tout comprendre, un peu comme lorsque vous regardez un épisode de la série The Big Bang Theory et que vous vous demandez de quoi ils peuvent bien parler, mais que malgré tout, d'une manière ou d'une autre, vous y trouvez votre compte. Ici, c'est un peu ça. Il arrive parfois qu'on ne comprenne rien. Mais ça n'entâche pas le plaisir de lecture. Et souvent, c'est même assez drôle. Notamment grâce au personnage principal, Joey, adolescent moyen plongé jusqu'au cou dans quelque chose qui le dépasse, mais qui garde sa verve et son esprit d'à propos en toute circonstance. C'est aussi lié à tous ses doubles, qui lui ressemblent, en plus âgés ou plus jeunes, en filles ou garçons, avec des ailes, une fourrure de loup ou un bras laser, qui s'appelleront Jay ou Jai ou Jo ou J/O ou (encore moins commun) J'r'ohoho... on a parfois du mal à ne pas se perdre nous-mêmes.

"Je n'avais jamais travaillé aussi dur - il me semblait avoir la cervelle en feu. Parfois, je me réveillais en pleine nuit en marmonnant " Le mouvement perpétuel et la pierre philosophale", ou "C'est une entité chtonienne" ou encore "Le subespace (alias la Statique) et le Grand Nulle Part ne sont que deux facettes de perception à angle droit l'une de l'autre" J'étudiais trop."

C'est aussi un roman assez inclassable dont on ne sait pas si c'est du fantastique, de la fantasy ou de la science-fiction, avec des réalités multiples, des bestioles multidimentionnelles, des cités futuristes et d'autres, médiévales, qui rappelleraient presque un Seigneur des Anneaux. Et 280 pages, c'est finalement assez court. Et un peu frustrant. Mais du coup, on ne s'ennuie pas une minute ! J'aimais déjà beaucoup Neil Gaiman, mais aujourd'hui, en refermant ce livre, je me dis qu'il aura même réussi à me faire apprécier ce que j'ai toujours cru détester... chapeau bas !


Entremonde, Neil Gaiman et Michael Reaves, Au Diable Vauvert, 287 pages, octobre 2010.