couvRésumé

Laisse brûler, ce sont trois voix, et trois histoires.

L'histoire de Noah, d'abord, qui vient tous les jours attendre Julien au bas de chez lui depuis six ans, use les bancs de la fac depuis presque autant de temps et collectionne les "moments d'intensité" : quelques secondes d'une chanson, souvent, qu'il griffonne sur un cahier, pour capturer l'émotion. Il tenterait bien l'oubli, dans les bras de Maxime, ou d'un autre, n'importe lequel, mais ne fait chaque fois que s'abîmer davantage, parce qu'un jour, c'est arrivé. Et l'histoire de Maxime, qui aime Noah, follement, mais ne le réalise que le jour où il le perd. Et il souffre, se barricade dans une spirale de solitude, déchéance, auto-apitoiement, qui dégénère doucement vers la violence. Et l'histoire de Julien, homme de télévision, séducteur à outrance, qui conquiert à tour de bras et passe à autre chose sans jamais regarder ce qu'il laisse derrière lui. Jusqu'à ce qu'un soir, il se réveille dans une cave, nu, attaché à une chaise... à la merci de qui ?

Extrait

Noah : "Dans la salle de bains de Maxime je me passe les mains sous l'eau. Ne lève pas la tête. Si je me vois dans le miroir je sais que je vais me mettre à chialer. En tension ce soir, et la moindre pichenette suffirait à me briser des pieds à la tête. Je sens cette cassure tout le temps, travestie en plaie légère, pour eux rien qu'un banal chagrin d'amour, cicatrice cousue main, élégante et qui forge le caractère. En vrai un dédale de canyons, profond sous la peau et qui fait péter les soutures à chaque nouvelle crue. Un symptome de sécheresse quand c'est pas la grande eau. C'est comme d'être fait dans une glaise qui ne supporte ni la joie ni la peine. Alors je ne ressens rien, jamais, avec personne, parce que mes soleils craquèlent ce que mes pluies n'emportent pas. Ce qui ne me tue pas m'a rendu plus mort, je le sais, je suis passé pro dans l'art de faire le fort intérieur."

Mon avis

Je me souviens d'une polémique à la sortie du premier roman d'Antoine Dole, Je reviens de mourir. J'étais encore stagiaire, et les libraires n'arrivaient pas à se mettre d'accord : fallait-il le mettre sur les tables ? Fallait-il seulement l'avoir en librairie ? Fallait-il le laisser lire aux ados ? Des questions qui me hérissaient (n'était-ce pas de la censure ?) et qu'on ne s'est absolument pas posées en recevant Laisse brûler. Il est sur la table des nouveautés. Point final. Et pourtant, après ma lecture, je me demande comment le conseiller. Et à qui. Bien sûr, c'est bouleversant. Bien sûr, c'est remarquablement écrit. Mais j'ai été absolument incapable de le lire d'une traite. Il me fallait des pauses, m'aérer, prendre du recul avant de replonger dedans. Parce que c'est noir, plus noir que tout ce que j'ai pu lire jusque là en matière de littérature ado, tellement même qu'on finit par se demander si l'auteur ne cultive pas le glauque pour le glauque. De la douleur à chaque mot, des impossibilités de guérison, des solutions de l'extrême. Oui, ça met mal à l'aise. Il n'en reste pas moins que c'est un roman assez exceptionnel, dans la narration, la caractérisation des personnages, l'alternance des voix, la construction, ce puzzle terrible, qui peu à peu prend tout son sens.

Après ce que j'en ai dit, on pourrait croire que c'est un roman qui plombe, qui vous rabaisse au 36e dessous et vous y laisse. Et bien curieusement non. C'est un livre dur. Mais quand on le referme, ce qui nous reste, c'est juste une furieuse envie de vivre...