blogRésumé

Il y avait des indices, bien sûr, mais le narrateur ne voulait pas y croire. La vérité est pourtant là : son père lit secrètement son blog. Et ça peut être terriblement intime ce qu'on livre de soi sur internet. Plus encore qu'une trahison inacceptable, c'est pour lui un viol virtuel qu'il ne peut pardonner. Il se promet de ne plus jamais lui adresser la parole. Jusqu'à ce qu'un soir, il trouve devant la porte de sa chambre, un carton poussiereux descendu par son père du grenier. Ton intimité contre mon intimité, semble t-elle vouloir dire. Le garçon hésite à l'ouvrir, pense à la boîte de Pandore. Et si elle bouleversait tout ?

Extrait

« Je n'aime pas ce verbe-là, oublier. Je voudrais toujours tout garder, vivant, au creux de ma mémoire. Je ne me trouve pas très normal. Il me semble que les autres ados n'ont pas ce genre de problème. Ils avancent vers la lumière, ils dansent, ils chantent, ils luttent, ils crient, mais ils ne sont pas immobiles, à observer le monde autour d'eux avec cette espèce de nostalgie du présent qui délave tout. C'est pour ça aussi, le blog. J'en suis conscient. Pour conserver. Parce que j'ai peur que tout ne nous échappe. »

Mon avis

Ces phrases ont forcément des résonances. Pour ma part, elles me rappellent ce que j'ai pensé en créant mon propre blog. Je lisais, je lisais, je lisais. Un livre en remplaçait un autre, une histoire se terminait, une autre commençait et j'avais l'impression d'oublier trop vite, de confondre. Je me rappelais vaguement les sujets, les personnages, mais ils étaient devenus des esquisses grossières, ils manquaient de détails. J'avais aimé, ça oui, mais pourquoi ? Qu'est-ce qui m'avait touchée ? Le temps avait effacé ça. Je me suis alors dit : un blog pour partager, d'accord, mais aussi un blog pour ma mémoire, pour conserver les sensations de la lecture, qu'il en reste une trace, quelque chose.

Conserver.

Qu'est-ce qu'on conservera de Blog ?

Le blog du narrateur, débuté lorsqu'il avait douze ans, c'est d'abord un fourre-tout en langage sms, un meli-mélo de photos et de vidéos sans grand intérêt, comme on en voit fleurir des milliers sur la toile et qui peuvent provoquer un brin de consternation (la sienne en premier, lorsqu'il se relit). Mais en même temps qu'il grandit, il se prend au jeu de l'écriture, se confie de plus en plus, analyse, décortique sa propre vie et celle des autres, avec une lucidité et un recul qui transparaissent tout au long de son récit. Sa colère se comprend, de même que sa violente réaction, mais ce qui touche avant tout, c'est de ne pas le voir s'enfermer dedans. Le passé de son père l'amène à réfléchir sur sa propre adolescence, et à la transfigurer, parce que, dit-il, "nous somme si fragiles, si éphémères." L'écriture est franche, fluide, émouvante. C'est le premier roman de Jean-Philippe Blondel que je lis. Et pas le dernier à coup sûr !